Les politiques veulent-ils vraiment être entendus ?

Depuis une dizaine de jours, le collectif #acces­_cible fait beaucoup de bruit en

France sur les réseaux sociaux pour dénoncer la non-accessibilité de la campagne présidentielle aux citoyens sourds et malentendants.

 

Ce qui m’a d’abord frappée et que je trouve remarquable dans l’émergence de ce collectif, c’est qu’une telle initiative ait réussi à mobiliser aussi rapidement des milliers de gens. Car les sourds comme tout un chacun ont le droit de suivre la campagne, d’en comprendre les enjeux, d’y prendre part, voire même de s’en désintéresser, car c’est aussi un droit. Puis dans un deuxième temps, c’est un sentiment de colère qui prend le pas sur l’enthousiasme. Nous sommes en 2017 et on en est toujours au même point : RIEN. Il a fallu qu’un énième collectif se constitue pour pointer un dysfonctionnement totalement excluant : le mépris, le non-respect de la loi. Pourtant, l’accessibilité pour tous est inscrite dans la loi française depuis 2005, mais est-ce que la loi intéresse encore nos politiciens ?

 

Si certaines interventions du collectif ont pu être perçues comme maladroites, il faut bien se mettre en tête que les sourds, comme les interprètes en langue des signes, ne sont pas des professionnels de l’activisme ni de la dénonciation spectacle. Les happenings en plein meeting ou les commentaires bombardés à tout-va sur les réseaux sociaux sont nés dans l’urgence, dans l’improvisation et la colère. Pourtant le résultat est très positif : on a parlé d’acces_cible, de l’accessibilité en général, des sourds signants et de tous les exclus de la campagne (Huffington Post, Le Quotidien, Libération, etc.). Mais quelle suite aura ce mouvement ? On ne sait pas.

 

Jean-Luc Mélenchon par exemple a fait appel à une personne bénévole connaissant la

langue des signes pour « traduire » l’un de ses meetings. Cela partait d’une bonne intention, d’autant que la plupart des autres candidats n’avaient pas pensé un instant à l’accessibilité totale de leur campagne, via l’interprétation en langue des signes et le sous-titrage. Lorsque l’on s’intéresse à l’interprétation de service public, une question essentielle vient immédiatement à l’esprit : doit-on être bénévoles ? Pour Mélenchon, c’était évident puisque toute son équipe est « bénévole ». Son équipe de campagne peut-être, car ils ont un projet commun, mais qu’en est-il des prestataires de services auxquels il fait appel pour la location des salles et la logistique de ses meetings et de sa communication ? Ils ne travaillent sans doute pas pour rien.

 

En ce qui concerne l’interprétation en langue des signes, les candidats de droite comme de gauche s’accordent sur un point : c’est trop cher. C’est vrai, l’interprétation en langue des signes a un coût, comme toute prestation de services professionnels. Au regard des centaines de milliers d’euros, au bas mot, dépensés pendant une campagne, quelle somme un candidat est-il prêt à débourser pour parler à l’ensemble des citoyens ? Pouvons-nous considérer que cette somme (ou son absence) est annonciatrice de la façon dont ce candidat traitera les « minorités » ? C’est un choix politique que de dépenser 2 000 ou 3 000 euros ici et pas là. Nous, interprètes, devons aussi revendiquer

ce coût, car il est tout aussi symbolique que nécessaire.

 

Le service public dans son sens le plus noble suppose de modifier des habitudes qui

excluent et qui, de fait, sont discriminantes. Cela a un coût. C’est une question de choix, de hiérarchisation des priorités et d’affectation plus équitable des ressources dont dispose chaque candidat à toute élection en France.

 

À tous les politiques : si vous voulez vraiment être entendus par tous, faites ce choix citoyen.

Commentaires: 0 (Discussion fermée)
    Aucun commentaire pour le moment.